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Billet d’humeur

Par Jupiter Phaeton

Parfois, j’ai du mal avec l’humanité, dans le sens où j’ai du mal à comprendre pourquoi des gens s’énervent sans raison, ne font pas d’efforts pour comprendre ce qu’on leur explique et n’essaient même pas de faire un pas vers les autres, de les rencontrer à mi-chemin, de dresser un pont entre deux opinions ou deux points de vue, pour essayer de faire preuve d’empathie.

Mais à la fin… eh bien, à la fin, je me rappelle qu’ils sont humains et que je suis humaine, que nous sommes imparfaits, que moi aussi, ça m’est arrivé d’être à côté de la plaque, de revenir en courant en m’excusant tellement je me sentais mal de ne pas avoir respecté mes valeurs. Mais le virtuel… waouh, le virtuel nous emmène dans une autre dimension, où les gens pensent que c’est OK d’envoyer un email d’insultes, des menaces de mort, d’être secs et de se lâcher sur les autres parce qu’ils sont frustrés par leur vie, qu’ils ne sont pas bien. Et ils nous envoient toute cette colère, toute cette frustration et tout ce mal-être. Oui, je sais prendre du recul sur les choses et je ne suis plus cette éponge qui aspirait les émotions des autres.

Mais parfois, je suis fatiguée et je m’approche de trop près, j’avale les mots et les émotions qui vont avec, je me plonge dans un océan de tristesse en me demandant « pourquoi » ? Pourquoi l’expression d’un mal-être doit-elle passer par des mots durs envers les autres ? Pourquoi certaines personnes se sentent-elles obligées de rabaisser les autres pour se sentir mieux ? Est-ce qu’elles se sentent vraiment mieux après ça ? Ou est-ce qu’elles entretiennent encore plus leur mal-être ? Je me rappelle que ce n’est que ça, du mal-être, de la jalousie, l’expression de sentiments qui n’ont rien de positif et qui souvent, n’ont rien à voir avec moi.

Mais parfois, ça fait mal.

Parfois, j’ai envie de me recroqueviller sous la table, de mettre mon casque antibruit et de me couper du monde et de la douleur qu’il m’envoie.

Je n’ai pas fait ce métier en me disant que je serais célèbre un jour, je ne sais pas si je le serais, j’espère que non. Je n’ai pas choisi ce métier en me disant que j’allais recevoir des milliers d’emails de fans ou d’auteurs qui chercheraient des conseils. Je l’ai fait, parce que ça me plaisait d’écrire, parce que j’avais envie de partager des émotions et des valeurs aux autres. Et oui, ça a eu comme conséquences de générer des connexions avec plein de personnes que je suis heureuse d’avoir connues. Et oui, ma boîte email a débordé.

J’ai conscience que la vie est une question d’équilibre et qu’il ne peut pas y avoir que des messages d’encouragement et de soutien. Il y a les autres. Il y a les haineux, les cruels, les menaçants.

Aujourd’hui, alors que j’écris ce message, j’ai les yeux remplis de larmes pour tous ces gens qui n’ont pas d’autre exutoire que de m’envoyer leur haine. Je sais que c’est la rançon du succès : on grandit, on commence à être connu de gens qui ne nous connaissent pas, on sent la jalousie qui traîne, et puis Jupiter Phaeton après tout, ce n’est pas vraiment une personne, non ? C’est juste une entité maintenant, un nom de marque, c’est presque une maison d’édition, parce que Panda Jones et Jupiter Phaeton, c’est un peu la même chose. Alors ce n’est pas comme si je m’en prenais vraiment à quelqu’un, c’est presque une personnalité publique et c’est normal de cracher sur les personnalités publiques, non ?

Non, ce n’est pas normal.

C’est commun, oui. Tous ces gens qui se permettent de dire tout et n’importe quoi sur des gens dont ils ignorent totalement la vie. Oh, Taylor Swift a sorti une nouvelle chanson ? Encore ? Elle a besoin d’argent, c’est pas possible, à quoi ça sert de sortir deux albums de manière aussi rapprochée franchement ? Oh, Taylor Swift a un nouveau copain ? Encore ? C’est vraiment une fille facile… J’ai mal pour tout ce qu’elle reçoit en pleine face.

Bien sûr, je n’ai rien à voir avec Taylor Swift. Mais je pense à toutes ces stars qui ont la célébrité et tout ce qui va avec : les paparazzis sur le dos, les mensonges et les rumeurs qui circulent dans les magazines, la haine sur les réseaux sociaux, la difficulté à rencontrer des gens qui veulent vraiment les connaître, eux, et pas la star. Je sais que ça paraît difficile de les plaindre, parce qu’on se dit qu’ils ont tout ce qu’ils ont toujours rêvé d’avoir. Mais imaginez les vagues de messages négatifs qu’ils peuvent recevoir en une seule journée.

Alors pourquoi je t’écris ce billet d’humeur ?

Parce qu’aujourd’hui, je me suis résolue à faire quelque chose qui m’a brisé le cœur : j’ai envoyé un message générique à tous les emails auxquels je n’avais pas répondu et qui dataient d’il y a plus de quatre mois, certains avaient même plus de six mois d’ancienneté. J’avais accumulé trop d’emails auxquels je savais que je n’arriverais pas à répondre, parce que la boîte email ne faisait que se remplir et assurer les réponses quotidiennes ET rattraper les emails plus anciens, c’était peine perdue. J’en avais plus de 7 000 en retard et j’avais déjà comblé une partie du retard au moment de ce décompte. Il a fallu accepter que je n’arrive pas à répondre à tous ces gens.

Alors on a mis en place un nouveau système, on retire petit à petit mon email des endroits où il figure. J’ai rédigé une FAQ pour que l’équipe de Panda Jones puisse répondre et on redirige les emails qui ne sont pas personnels vers eux. Ils vont également prendre en main les messages de Facebook auxquels je n’ai pas répondu depuis des semaines et des semaines.

Et j’ai envoyé ce message générique. Il était long, j’y ai mis mon cœur, j’y ai présenté mes excuses, j’ai mis ma patte d’humour habituel. Franchement, j’avais mal. Parce que certaines personnes qui m’ont écrit m’ont raconté leur vie, leurs angoisses, m’ont confié des choses importantes et j’ai l’impression de les abandonner en ne prenant pas le temps de leur répondre personnellement à chacun.

Mais je sais aussi que ne pas donner de réponse (ce que je faisais depuis des mois), ce n’était pas mieux. J’avais envie de leur expliquer pourquoi j’étais silencieuse et surtout de leur apporter une forme de satisfaction, un point final, de reprendre sur des bases saines pour ceux qui avaient encore envie de discuter avec moi malgré le délai.

Certains l’ont vraiment bien pris et je les remercie du fond du cœur.

Et puis, il y a les autres.

Ceux qui m’ont répondu avec beaucoup de haine m’ont dit qu’on voyait que je ne portais pas d’intérêt à mes fans vu que je n’étais même pas capable de faire un message personnalisé. Qu’ils avaient attendu des mois pour quoi ? Pour « ça » ?

J’ai reconnu mon erreur bien sûr. Et évidemment que j’aurais voulu pouvoir apporter une réponse personnalisée à chacun d’entre eux. Sauf que ces derniers mois, où je n’ai pas répondu comme je le voulais à mes emails et où j’ai accumulé un retard inédit, je les ai passés à cravacher pour ma boîte, pour les gens qui travaillent pour Panda Jones, je les ai passés à bosser dix à douze heures par jour, sept jours sur sept, pour être certaine au bout du compte qu’on réussirait à payer tout le monde. J’ai tenu plus de trois mois à ce rythme. Parce que Panda Jones, ce n’est pas que moi. Panda Jones, c’est un paquet de personnes qui dépendent financièrement de la réussite de mes romans et de mes projets. Ce sont des gens qui se sont reconvertis, qui ont rebondi pour vivre leurs rêves, pour gérer leur temps, qui sont passionnés par le monde du livre et à qui on a eu envie de donner une chance et une échappatoire.

Alors oui, ça me tient fort à cœur de ne pas faillir pour eux. Alors oui, ces derniers mois j’ai tout donné pour faire en sorte d’assurer l’avenir de la boîte et oui, il y a des choses que j’ai dû laisser de côté, parce que la survie de toutes les personnes qui bossent pour Panda Jones était en jeu.

Mais ça, ce sont les coulisses, c’est l’envers du décor, c’est la partie que les gens haineux préfèrent ignorer. C’est tellement plus simple d’aller cracher sur les gens que de s’intéresser à ce qu’il se passe derrière le rideau.

Je me suis battue jusqu’à être sur les rotules. J’ai angoissé pour eux au point de ne pas en dormir certaines nuits, au point de me lever un matin et d’avoir le dos bloqué. Et quand les efforts et le travail ont payé et ont montré que la boîte avait un avenir magnifique, doré et glorieux, et que j’allais pouvoir continuer d’aider les gens qui bossent pour PJ, ainsi que d’autres, et qu’on allait pouvoir continuer d’aider les gens à réaliser leurs rêves, j’ai senti le soulagement m’envahir.

Je ne me bats pas pour moi au quotidien. Je me bats pour tous ceux qui m’entourent, tous ceux qui participent à l’aventure de PJ et c’est une raison bien plus puissante qui me pousse à me lever le matin que de simplement me battre pour moi.

Alors si tu fais partie de ces gens qui n’ont pas compris pourquoi je n’ai pas pu te répondre un message personnalisé, pourquoi j’ai dû lâcher plus de 7000 conversations emails en cours, je suis désolée, sincèrement. Je suis désolée de ne pas avoir pu prendre le temps de me replonger dans nos échanges, de te répondre, d’y mettre tout mon cœur comme je le fais à chaque fois.

Moi aussi, je suis humaine.

Moi aussi, je n’ai que 24 h dans une journée.

Moi aussi, j’ai des priorités. C’était d’abord l’équipe de PJ, et ensuite toi. Je suis désolée que ce soit dans cet ordre, mais c’est l’ordre de mes priorités.

Ça ne veut pas dire que je ne m’intéresse pas à toi, ça ne veut pas dire que je ne mourrais pas d’envie de prendre le temps de te faire une réponse, ça ne veut pas dire que je n’ai pas lu ton email. Je les ai tous lus. Sache qu’en moyenne je passe 15 minutes à répondre à un email, notamment parce que j’en reçois des très longs. Certaines réponses me prennent parfois une heure. Certaines me prennent aussi moins de cinq minutes, évidemment. Je ne réponds pas à la légère. Je pose toujours des questions parce que j’ai à cœur d’apprendre à connaître l’autre.

Et aussi, si tu fais partie de ces gens qui m’ont insultée en retour, je veux que tu saches que c’est OK et que je ne t’en veux pas. Je suis triste que le monde soit dans cet état, je suis triste que ce soit cette manière de s’exprimer soit devenue courante et je suis triste que tu te sentes mal au point d’en arriver là.

Je n’ai pas fait ça pour te faire du mal. Je n’ai pas fait ça parce que tu n’es pas important pour moi.

Je l’ai fait parce que sinon, tu n’aurais jamais eu de réponse et que ça me paraissait beaucoup plus correct de t’écrire un message que de te laisser patienter indéfiniment.

Je vous aime tous, les pandas.

Jupi

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2 Commentaires

Lilly McNocann février 28, 2021 - 8:21

Merci pour ce joli billet, malheureusement bien triste mais aussi plein de convictions, d’espoir, et porteur de beaux messages. Certaines personnes se seraient contentées de supprimer ces courriels pour passer à autre chose, tu as choisi une autre voie, sans doute plus difficile, mais aussi sans doute plus respectueuse et empathique (sans oublier ta dévotion pour ton équipe).
Et tu diffuses toutes ces belles valeurs à travers ce billet, chapeau !

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Lilly McNocann février 28, 2021 - 8:21

Merci pour ce joli billet, malheureusement bien triste mais aussi plein de convictions, d’espoir, et porteur de beaux messages. Certaines personnes se seraient contentées de supprimer ces courriels pour passer à autre chose, tu as choisi une autre voie, sans doute plus difficile, mais aussi sans doute plus respectueuse et empathique (sans oublier ta dévotion pour ton équipe).
Et tu diffuses toutes ces belles valeurs à travers ce billet, chapeau !

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