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Ce qui fait que les gens sont lents dans l’écriture de leur roman

Par Jupiter Phaeton
Ralenti en étant perfectionniste

Ce n’est pas la vitesse de frappe (même si vous êtes probablement au courant que pour ma part, je suis une Terminator du clavier, certaines personnes se demandent même si je ne martyrise pas mon clavier quand j’écris, tellement je tape vite).

Ce n’est pas qu’ils sont en manque d’inspiration.

Ce n’est pas que les mots viennent lentement.

Non, c’est qu’ils reviennent sans cesse sur ce qu’ils ont écrit précédemment. Ils sont perfectionnistes. Ils veulent que ce qui a été écrit précédemment soit parfait avant de passer à la suite.

Tu te reconnais ?

Il y a plein de techniques différentes quand on écrit un roman et moi aussi, avant, j’étais du genre perfectionniste.

Je ne suis jamais allée au bout d’une seule saga en étant perfectionniste. J’ai écrit, puis réécrit 12 fois le début du premier tome de Kacy pendant des années. Carrie, ma meilleure amie, a mangé tellement de versions du premier chapitre, qu’elle n’en pouvait plus. Ce qui ne l’a pas empêché de les lire parce que c’est la meilleure amie du monde. Mais quand même. Elle vomissait ce premier chapitre par les yeux à la fin, j’en suis sûre. Même moi je mélangeais les versions. Je demandais “est-ce que c’est mieux” ?

La vérité ?

C’était sûrement un peu différent.

Ça n’en était pas mieux pour autant.

À vouloir trop bien faire, non seulement on n’avance pas, mais on finit par s’empêtrer dans des choses inutiles. Et surtout, on se met à douter. Quand ça fait douze fois que tu réécris intégralement le début de ton histoire et que tu n’es toujours pas passé à la suite, tu risques d’abandonner.

Ce ne sera JAMAIS parfait.

Ecrire est un art. L’art est subjectif. Tu ne peux pas plaire à tout le monde. Ton roman recevra des critiques négatives. Tu écris pour un public spécifique et c’est ce public spécifique qui appréciera le plus ton œuvre. Il n’existe pas de perfection dans le domaine de l’écriture. La manière dont tu as écrit ton premier jet conviendra sûrement à un tas de personnes. La manière dont tu vas le réécrire conviendra à d’autres. Est-ce que ce sera mieux ? Selon ton goût, peut-être. Selon le goût des lecteurs, ce sera encore différent.

Attention, il faut bien sûr repasser sur son texte, effectuer des corrections, modifier des choses incohérentes, apporter un peu de fluidité sur certaines révélations. Bien sûr qu’il faut faire tout ça.

Mais j’ai comme règle de ne JAMAIS repasser sur mon roman tant que je suis en train de l’écrire. Je ne repasse qu’après avoir écrit l’ensemble de l’histoire. Pendant toute l’écriture, je tiens des notes à côté, notamment sur les mystères que j’ai lancés et auxquels il faudra que j’apporte des réponses, sur les incohérences que je sais que j’ai créé au fur et à mesure et qu’il faudra que je corrige, simplement parce que j’ai dévié de ma trame narrative ou que je me suis rendue compte que telle ou telle chose serait finalement mieux.

ne pas revenir en arrière par perfectionniste

Forcément, quand on revient sur le chapitre précédent avant chaque séance d’écriture, on retrouve des petites fautes, il y a quelque chose qu’on veut changer, et puis ce tiret c’est supposé être un tiret cadratin, non ? On se retrouve à peaufiner le chapitre précédent, on n’avance pas, le roman met deux, trois, quatre fois plus de temps à s’écrire. Parce qu’à mesure qu’on écrit, il y a plein d’incohérences qui peuvent se créer qui feront que DE TOUTE FACON tu vas revenir sur votre texte après. Pourquoi corriger quelque chose tout de suite alors que tu vas peut-être ENCORE le corriger après ?

J’écris d’une traite. Je prends des notes. Je ne réécris pas. J’ai passé dix-sept ans de ma vie à réécrire un roman, pour au final, découvrir que la première version était la meilleure, alors que j’avais onze ans quand j’ai écrit cette version.

Et pendant ces dix-sept années, je n’ai rien écrit d’autre. Je suis restée bloquée sur le même tome (une série qui contient neuf tomes quand même en plus), à l’écrire, le réécrire. Alors que quand j’avais onze ans, j’avais écrit les neuf tomes d’une traite, sans me poser toutes ces questions.

Tout simplement parce qu’à l’époque, je n’avais pas peur du regard des autres. C’est le regard des autres qui m’a donné envie d’être perfectionniste : la peur du jugement de mes écrits. Je ne voulais pas sortir quelque chose qui n’allait pas être parfait.

Puis j’ai arrêté d’avoir peur du regard des autres (j’en parle notamment dans Oser s’exprimer sans avoir peur du jugement). J’ai pris confiance en moi et j’ai compris que ce ne serait jamais parfait. Ma quête de la perfection était inutile.

La PERFECTION n’existe pas.

S’il y a une chose que tu dois retenir, c’est ça. Tu voudras toujours modifier ton texte, tu auras toujours l’impression que tu pouvais faire mieux, mais il FAUT savoir s’arrêter dans ses modifications.

savoir s'arrêter pour éviter le syndrome du perfectionniste

Et le meilleur moyen que j’ai trouvé pour ne pas mettre cent ans à écrire un roman, c’est de ne pas revenir en arrière quand j’écris. De le faire uniquement au moment de la correction/relecture.

Et ça fonctionne. C’est comme ça que j’ai réussi mon challenge d’écrire un roman par mois pendant un an. Ce n’est même plus une difficulté pour moi d’écrire un roman par mois.  J’en écris même plus que ça certains mois.

Evidemment que c’est important de corriger et de revenir sur tes écrits. Mais ne le fais pas pendant que tu es en train d’écrire, c’est contre-productif. Tu reviendras dessus après. Et ne sois pas perfectionniste, c’est se mettre des bâtons dans les roues. Bien sûr que ça peut être une qualité. Mais si tu en fais trop, ça devient un obstacle à la réalisation de ton rêve.

C’est de l’auto-sabotage, honnêtement. Tu repousses le moment où ton roman sera achevé, pour ne pas te frotter aux jugements des autres. Tu as peur de savoir ce qu’ils vont en penser. Peut-être que tu as aussi peur de l’échec ou de la réussite.

Ecris-moi ce foutu roman ! Et tu sais quoi ? Je te conseille un exercice : fais-le relire avant même de l’avoir corrigé si tu n’es pas trop mauvais en français et qu’il n’y a pas des fautes qui piquent les yeux à toutes les phrases. Oui, fais relire ta copie brute, non peaufinée. Et vois ce que ton entourage en pense.

Puis peaufine-le.

Et fais-leur relire.

Il y aura des différences, bien sûr. Mais est-ce que tu crois qu’ils appelleront ça des différences “flagrantes” ? Est-ce que ce sera le jour et la nuit ? (en dehors de l’orthographe).

Je ne pense pas.

J’ai aimé l’idée d’être parfait, d’écrire le roman parfait, pendant des années et des années. La vérité ? Je ne crois pas que ça mène quelque part. Je crois que ça mène à être frustré en permanence, à se dire qu’on pourra toujours faire mieux et à ne jamais se publier. Bien sûr que tu pourras faire mieux, mais fais-le avec le roman suivant, ce sera un entraînement bien meilleur !

Alors c’est un parti pris de ma part, et je sais qu’il y a quantités d’auteurs qui aiment lire et relire, et peaufiner pendant des mois leurs romans. Si tu changes beaucoup de choses, bien sûr que c’est important. Mais si tu en es à changer des virgules, à modifier un synonyme à droite et à gauche… pose-toi la question : est-ce que tu es en train de peaufiner ton roman pour de vrai, ou est-ce que tu es en train de t’autosaboter pour ne pas le publier ? Ou encore mieux : te saboter pour rester dessus et ne pas passer au prochain ?

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2 Commentaires

Marine septembre 1, 2021 - 6:13

Merci pour ce rappel à l’ordre 🙃. Très souvent je me dis que j’ai pas avancé car mes écrits sont de mauvaises qualités alors je reviens et reviens toujours sur les mêmes choses. Mais pour être honnête , c’est bien des virgules que je déplace . Je vais écrire tout d’une traite , et on verra bien . Comme dit un fameux proverbe « “La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat different » .
Merci pour cet article ☺️

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Jupiter Phaeton septembre 1, 2021 - 9:20

Hihihi j’utilise souvent cette situation aussi ! Merci pour ton partage, Marine, il est très précieux !

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