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Les émotions quand on est auteur

Par Jupiter Phaeton

Je ne compte plus le nombre de conversations que j’ai eues avec des auteurs, que ce soit des conversations écrites, ou avec une caméra en virtuel (parce que bon difficile de faire autrement en ce moment) ou IRL (In Real Life, au Starbucks quoi ^^), où on s’est retrouvés à pleurer.

Yeap.

Je sais, ça paraît déprimant au premier abord hahaha, mais ça ne l’est pas du tout. Généralement c’était des larmes de joie, parfois de soulagement, parfois parce qu’on réalisait quelque chose d’essentiel.

Mais dans le fond, c’était des émotions avant tout, peu importe le mot qu’on veut associer à l’émotion.

J’ai la larme facile. Je pleure devant à peu près tout ce qui génère des émotions parce que ça trouve tout de suite un écho en moi, et les émotions fortes provoquent des larmes. Quand j’étais adolescente et pendant tout le début de ma vie active (en gros pendant toutes les années où je n’avais pas confiance en moi), j’ai fait de mon mieux pour ravaler mes larmes, allant jusqu’à ne pas pleurer aux enterrements, parce que je voulais être forte. Pourquoi ? Parce qu’on m’avait répété que mon degré d’émotions n’était pas normal.

Puis j’ai commencé à prendre confiance en moi et j’ai laissé mes larmes couler à chaque fois qu’elles montaient. Pourquoi est-ce que je les cachais avant ? Parce que j’avais peur d’être critiquée, qu’on me juge, qu’on me dise que ce n’était pas normal. Parce que je voulais paraître forte, que j’associais les larmes à l’image de quelqu’un de faible.

Aujourd’hui, je pleure devant toutes les séries télévisées.

Je pleure devant tous les films.

Je pleure devant les dessins animés.

Je pleure en regardant le Zap Télé.

Je pleure même devant les news.

Je pleure en visionnant certaines publicités.

Je pleure quand je fais des compliments qui me paraissent essentiels à d’autres personnes.

Je pleure quand je ressens beaucoup de gratitude.

Et la liste pourrait continuer pendant encore très longtemps.

Il n’y a pas besoin d’être auteur pour ressentir tout ça, mais quand on l’est, il y a plein de situations où on ressent des émotions fortes dans des situations auxquelles les autres peuvent avoir du mal à s’identifier, ce qui fait qu’on n’a pas la sensation d’être compris quand on explique ce qu’il se passe.

Quelques exemples ?

  • Recevoir un mauvais commentaire.
  • Recevoir des critiques de bêta-lectrices que l’on interprète tout de suite comme si tout était à jeter.
  • Avoir du mal à écrire la suite de son roman.
  • Avoir l’impression qu’on ne va jamais réussir à le publier.
  • Bondir partout quand il y a des ventes.
  • Déprimer quand il n’y en a pas.
  • Recevoir des critiques d’autres auteurs (parce que c’est toujours plus difficile quand ça vient de ses pairs).
  • Recevoir sa couverture (youhou !).
  • Publier pour la première fois…
  • … mais aussi publier toutes les fois suivantes.
  • Être en promo et voir le compteur des ventes s’affoler.
  • Ne pas réussir à s’organiser et piquer une crise de nerfs.
  • Ne pas savoir quoi écrire ensuite.
  • Être en panne d’inspiration.

Et plein d’autres situations, ceci n’est pas une liste exhaustive.

Mais ce sont des sujets très précis, auxquels il est difficile de s’identifier quand on n’est pas auteur. Recevoir sa première couverture ? Évidemment que c’est excitant ! Le projet devient encore plus réel. Mais pour les autres, l’enthousiasme est-il à la même échelle ? Non, bien sûr que non, c’est normal.

Recevoir sa première critique, ça aussi, c’est une émotion forte, qui fait souvent très mal quand la critique est négative, et qui t’emmène au septième ciel quand elle est positive. Les proches ne peuvent pas toujours comprendre non plus, parce qu’ils sont habitués à voir passer des commentaires positifs et négatifs sur les plateformes en ligne toute la journée, commentaires qui ne concernent pas leur travail. Ils ne vivent pas ta situation, c’est difficile pour eux de comprendre à quel point ça chamboule de recevoir son premier commentaire négatif.

Tiens, tu veux savoir comment j’ai vécu mon premier commentaire négatif ? C’était sur le tome 1 de Ryvenn (mon premier roman sorti). Je l’ai lu et relu, j’ai pleuré, je me suis dit que je n’étais pas faite pour écrire, que je ferais mieux de tout arrêter. J’ai déprimé sur le sujet pendant trois jours, j’avais du mal à sourire parce que ça tournait en boucle dans ma tête, chaque mot que la personne avait écrit était imprimé au fer rouge dans mon crâne.

Puis les jours ont passé, plein d’autres commentaires positifs sont venus tasser le commentaire négatif sous la masse. Je me suis raisonnée, j’ai accepté que j’écrivais pour un public, et que cette personne n’était pas dans mon public, je me suis améliorée sur certains points, j’ai continué, j’ai persévéré.

Et le deuxième commentaire négatif ?

Oh, j’ai pleuré aussi ^^.

Mais petit à petit, à force de me raisonner, j’ai compris déjà que je n’étais pas obligée de les lire et ils ont commencé à me faire moins mal, jusqu’à ce que je hausse les épaules en lisant l’un d’eux aujourd’hui.

Est-ce que c’est un problème de pleurer sur ses commentaires négatifs ?

Non.

Est-ce qu’avoir des émotions fortes fait de toi une personne faible ?

Non. D’ailleurs, je ne me considère pas comme faible aujourd’hui. Au contraire, j’ai accepté que j’avais beaucoup d’émotions, je médite pour les stabiliser parce que ça me fait du bien, mais si je pleure devant une série et qu’il y a des gens à côté de moi qui s’en rendent compte et qui me lancent un « oh, ça t’a fait pleurer ? », plutôt que de me cacher, je dis la vérité « oui, dès qu’il y a des séquences émotionnelles, je pleure. » Est-ce qu’on se moque de moi ? Non. Il n’y a rien de plus libérateur que d’être soi, à mes yeux, et être moi, eh bien, c’est pleurer quand je vois une séquence dans les médias où un couple âgé se retrouve enfin après un an de séparation à cause du Covid et se prend dans les bras.

Ce que je veux te dire, à travers ce message, c’est que ce n’est pas parce que les autres, dans ton entourage, vont te dire que tu n’as pas à pleurer pour telle ou telle chose, que tu dois ravaler tes émotions. Ça ne veut pas dire non plus qu’ils ne t’apprécient pas, ou qu’ils ne tiennent pas à toi, ou qu’ils n’essaient pas de comprendre la situation. C’est juste que parfois, on vit des expériences très spéciales. Publier un roman et s’exposer au jugement des autres, c’est spécial. Ce n’est pas quelque chose auquel tout le monde peut s’identifier. Et ça ne veut pas dire que tu devrais étouffer les émotions que tu ressens, parce que les autres ne les comprennent pas. Les autres, par exemple, ne sont pas exposés de la même manière au jugement des autres sur Amazon, ou sur les réseaux sociaux quand quelqu’un te chronique et te tague, qu’il juge ton travail et le partage à tous ses followers.

Et c’est O.K.

N’oublie pas que toi aussi il y a peut-être des situations émotionnelles que tu ne peux pas comprendre dans ton propre entourage.

Et c’est O.K.

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